Voyages

“Avec des cathédrales pour uniques montagnes / Et de noirs clochers comme mâts de cocagne."

De l’Europe à ne plus savoir qu’en penser

“Avec des cathédrales pour uniques montagnes / Et de noirs clochers comme mâts de cocagne / [...]  Et des chemins de pluie pour unique bonsoir / Avec le vent d’ouest écoutez-le vouloir / Le plat pays qui est le mien” (Jacques Brel)
 

Les deuxième année reviennent de leur séjour d’étude à Bruxelles et à Luxembourg. L’on déplore cinq décès causés par les températures polaires et recense dix-huit élèves victimes de fractures occasionnées par les pavés irréguliers et verglacés de la capitale belge. En dépit de ces contingences [formule sartrienne s’il en est], les conférences ont, dans la plupart, été fort intéressantes, et les plages de temps libres très sympathiques.

Publié le by Benoit Rinnert (author)

Topic(s): Voyages

On ne peut plus facilement verser dans le cliché. Comme dans un bien célèbre film faisant honte au cinéma français tout en enrichissant son industrie, l’arrivée en Belgique se fait dans des conditions météorologiques particulièrement désagréables – le départ hors du Royaume également, soit dit en passant. Tapons-nous sur nos ventres pleins de Jupiler et de frites pour rire du nom de l’auberge de jeunesse qui aura d’ailleurs hébergé pendant notre présence des événements de nature, euh, diverse...) : Jacques Brel.

Chacun imagine que el defensor del pueblo Sébastien Muñoz, vêtu de ses plus beaux costumes pour honorer nos hôtes, s’en donna à cœur joie en matière d’imitations d’accent et de plaisanteries : “Pourquoi les Belges nagent-ils toujours au fond de la piscine ? Parce qu’au fond, ils ne sont pas si bêtes !” ; “Pourquoi les Belges placent-ils toujours un verre plein et un verre vide sur leur table de nuit ? Certaines fois, ils ont soif, d’autres fois, pas.” ; et autres blagues censurées. Nous avons également côtoyé Monsieur Laval dans le désormais bien connu état second qui caractérise sa fréquentation de débits de boissons alcoolisées [je suis payé à la ligne], et ce dernier n’a pas su résister à la tentation de prendre la parole avec microphone dans les lieux les plus prestigieux qui nous ont accueillis, permettant un décalage assez savoureux entre le logo de l’OTAN sous sa poitrine et son évocation de la “soirée conviviale” à venir, le tout entrecoupé de remarques  indignées comme “je voulais juste dire quelque chose : il est faut de dire que le processus de décision politique au Conseil de l’Union n’est pas démocratique”.

Enfin, discret mais rieur comme à son habitude, le grand Michael Schmidmayr a bénéficié d’un tonnerre d’applaudissements supérieurs à celui qu’avaient reçu Mathieu Kassowitz et Jean-Luc Mélenchon réunis – et Dieu sait l’orientation rouge de ce campus — à l’annonce de sa réussite au concours du Auswärtiges Amt : notre géant préféré, charismatique professeur par exemple d’un enseignement intitulé Religion and Politics  (“Could you tell us something about your lesson? – It is about religion and politics.”), va nous quitter en avril prochain. Nos très amicaux encouragements pour sa future carrière de diplomate ! Un de ses premiers chantiers sera, il est légitime de l’espérer, de lutter contre le cartel des restaurants du quartier touristiques de Bruxelles : au nombre de quinze par rue, chacun propose la même carte, avec la même police, les mêmes fautes en anglais, les mêmes illustrations, le même verre “offert” de mousseux rosé, le même prix de 12,50 euros, la même politesse douteuse des serveurs.

Quoi qu’il en soit, nos visites avaient également du contenu, parfois de très grande qualité. Un sondage rapide semble indiquer que la journée préférée fut celle du mardi, au cours de laquelle nous avons assisté à cinq conférences au siège de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord. Ceux qui ne participaient pas à la compétition du Golden Pillow – Brussels 2013 sont désormais de véritables experts de l’article 5 du Traité de Washington ; le conseil a d’ailleurs, à la Éric Germain, été donné de le lire puisque, “pour ceux que cela intéresse, il est vraiment court et très bien rédigé”. Dans la même tonalité, il est possible de lire “uniquement trente pages par jour” d’articles de presse sur l’Union européenne pour s’y connaître. Comme quoi, nul besoin de faire trop d’efforts. Pour revenir à l’OTAN, les intervenants ont été de qualité variable. Si l’officier Benoît Aumônier a généralement plu, de même que son collègue près de la retraite, satisfait des opérations en Libye mais souhaitant que notre promotion fasse mieux que sa génération – une demande formulée par d’autres officiels rencontrés, la tâche s’annonce rude –, d’autres exposants n’ont pas recueilli la même attention et le même enthousiaste. Le bon café et le copieux repas – tout était, comme à l’accoutumée, question d’organisation et d’intelligence dans le choix de la table, pour pouvoir piquer quelques potatoes à Sébastien et entendre notre directeur présenter le début de sa carrière – ont contribué sans doute à la perception largement positive de cette journée. Votre modeste serviteur regrette néanmoins que le réseau belge soit aussi coûteux, sans quoi il aurait twitté plus vite que son ombre.

Autres points agréables du programme, les nombreuses questions sur la Turquie de notre Aylin Gül préférée, celles sur les horaires de travail et les loisirs (“du théâtre, ou je ne sais pas” de Imane Bello, les préoccupations égalitaristes de Romain de Saint-Périer (“on a vu en climate change que l’ONU paie deux collaborateurs par délégation, ne devrait-on pas adopter ce système ici ?”), les témoignages d’anciens tels que Sophie, actuelle numéro quatre de l’équipe au sein de la Représentation permanente de la République française auprès de l’Union européenne ou bien de Felix et Lukas, victorieux organisateurs des Collégiades de 2010, les mensonges du représentant du ministère de l’Intérieur à la Vertretung – enfin, du Landesbüro des Freistaates Bayern bei der EU : „Also zunächst möchte ich mal sagen: Nein, unser Gebäude ist kein Schloss.

En prime, deux intrus, la charmante Emma Maisonnial et le moins évident à définir Yann Schreiber nous ont rejoints le mardi soir au Délirium, institution mondialement connue. Bref, ce séjour, c’était bien.

0 Response(s) to ““Avec des cathédrales pour uniques montagnes / Et de noirs clochers comme mâts de cocagne."”

Leave a reply