Des portes pas si ouvertes

De passage à la journée portes ouvertes de Sciences Po à Paris

Faire l’intrus à la journée portes ouvertes de Sciences Po, campus de Paris, c’est quand même marrant: des heures de files d'attente, des questions plus ou moins justifiés, des parents plus ou moins convaincus. Pour entrer à Sciences Po, beaucoup de personnes feraient tout. Ceci devrait faire réfléchir ceux qui y sont.

L'entrée de l'amphi Boutmy lors des JPO 2012 (photo: Yann Schreiber)
L'entrée de l'amphi Boutmy lors des JPO 2012 (Photo: Yann Schreiber)

Publié le by Yann Schreiber (author)

Je me fais plaisir à répéter la même chose. La pluridisciplinarité, l'ouverture à l’étranger, les langues, tout ce qui fait – ou est censé faire – Sciences Po. Le mythe Sciences Po, le rêve, pour lequel des milliers de bacheliers travaillent comme pas possible. Entre ceux qui sont parfaitement au taquet sur les cursus, les modalités, les demandes et attentes, et ceux qui viennent sans avoir aucune question et qui attendent l'explication « Sciences Po en 10 minutes » – les pauvres Parisiens y font face. En deux parties, deux sous-parties ? « Premièrement, Sciences Po, c'est génial, car... car... Deuxièmement, mon campus est parfait, car... car... »

Au rez-de-chaussée les presses de Sciences Po vendent « Comment prendre la parole sans préparation », un livre qui, selon la vendeuse, vous « aide à prendre la parole sur un sujet inconnu, une carte, un graphique, justement sans préparation. Ça vous prend le stress, quoi. » Et je suis sûr qu'elle en a vendu. De même que le nombre insurmontable de livres « Prépas Sciences Po », « Comment réussir l'entrée à Sciences Po » a certainement trouvé des acheteurs parmi soit: les parents convaincus par leurs enfants que Sciences Po est génial, soit parmi les parents convaincus par eux-mêmes que Sciences Po est génial – et qui essayent d’en convaincre leurs enfants.

Je savais que Sciences Po était un mythe franco-francais, une sorte de « graal » de l'enseignement supérieur. Mais à ce point-là ? À un point de faire la queue pendant trois quarts d'heure jusqu'au bout de la rue pour assister à une conférence de Françoise Mellonio sur le collège universitaire ? À un point où l'angoisse se fait sentir dès la classe de première ? Ne serait-il pas utile de démythifier cette institution ? Après tout : vous, actuels 1A ou 2A, sentez-vous ce « mythe » ? Sommes-nous si « élitaires » ? Après tout, est-ce « mythique » et « élitaire » de passer des nuits de 3 heures à cause d'un exposé, d'un paper ou d'une Hausarbeit ?

Ceci n’empêche pas qu'apparemment beaucoup de personnes soient prêtes à tout pour intégrer ce sur quoi nous râlons assez souvent. Cette formation, cette institution, doit donc avoir un certain mérite que l'on oublie peut-être un peu, une fois qu'on y est, une fois qu'on a été en cours d'histoire, une fois qu'on a vu les e-cours, une fois qu'on aura passé des heures de stress la nuit sur une Hausarbeit. Profitons donc plus de ce que nous avons atteint. Au moins, et ceci est aussi très « Sciences Po », pour pouvoir donner des conseils pour le concours… que l'on n’a jamais passé.

(Une version de cet article est paru en décembre 2012 dans l’édition papier du Parvenu)

Est-ce « mythique » et « élitaire » de passer des nuits de 3 heures à cause d'un exposé, d'un paper ou d'une Hausarbeit ?

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