Smoking/No Smoking

La Chronique mode spéciale Gala du Parvenu

Le Gala arrive à grands pas, et chacun se réjouit de jouer aux messieurs dames en s’habillant dignement pour l’occasion. Mais si la robe de soirée et le costume font figure de référence, ne font-ils pas un peu trop d’ombre à de nombreuses autres pièces de nos garde-robes qui sont automatiquement exclues de ces évènements ?

Publié le by Victor Bernard (author)

De toute notre garde-robe, s’il existe un vêtement que notre arrière-arrière-grand-père connaissait déjà, c’est sans aucun doute le costume de soirée. Tant et si bien qu’il a même su traverser les âges en évitant le douloureux adjectif modistique de «ringard». Alors vendredi, vous serez tous messieurs dames devant la sempiternelle question qui consiste à déterminer si le costume, bien que faisant figure de tenue « facile » dans ce contexte de gala, reste finalement de circonstance

Tout d’abord, un petit aperçu historique. C’est à la Révolution française qu’apparaît le costume tel que nous le connaissons aujourd’hui (nonobstant quelques modifications). Old-fashioned deviennent les dorures, les ornements, la tenue de ces messieurs se veut sobre, confortable et discrète. S’ensuivit un siècle où cette économie de détails vire vers l’austérité du second empire puis de l’époque victorienne. Ce n’est qu’à l’aube de la première guerre mondiale que l’on diversifie le costume en fonction de la soirée, notamment les vestons, noirs pour le théâtre ou le restaurant et blancs pour les grandes réceptions et mariages. Bientôt la redingote revient, et c’est son association avec le veston de soie créée pour Edouard VII que l’on appellera « smoking » car cet ensemble était porté par les hommes, lorsqu’après le repas, ils s’éclipsaient pour ne pas importuner les femmes de l’odeur du cigare. Il se démocratisera pour devenir l’habit de soirée courant jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale.

Puis dès l’après-guerre, il n’évoluera qu’uniquement par petites touches sans pour autant bouleverser l’équilibre pantalon-veston-veste assorti à une cravate ou nœud papillon. Puis vint la folie des grands créateurs qui iront même jusqu’à faire porter des costumes à ces dames sous l’égide d’Yves Saint Laurent qui en fera sa figure de proue pour de très nombreuses collections. Si l’on a très peu touché à celui de l’homme, mis à part la taille des épaulettes et les pattes d’éléphant, les grands noms de la mode ont torturé le costume féminin jusqu’à l’outrance en le déchirant pour jean Paul Gaultier encore en 2013, en lui supprimant le pantalon et en raccourcissant à peine la veste pour créer une sorte de mini-jupe smoking chez de nombreuses collection signées Christian Dior ou encore en lui ôtant manches et col pour obtenir des décolletés décoiffants à partir d’un modèle extrêmement strict. La veste de costume en elle-même alimenta encore bien des fantasmes en étant détournée en doudoune, vinyle, fourrure etc. En 2010, l’icône new-yorkaise de la mode Carrie Bradshaw ira même jusqu’à célébrer le mariage de son meilleur ami en costume nœud pap et talons de 16 centimètres. Si Sex and the City approuve, alors personne ne pourra contredire cette incursion du costume, comme environ 98% de la garde-robe masculine, dans le dressing féminin.

Venons-en maintenant à la question cruciale sur le sujet. Doit-on, pour paraître chic et élégant, obligatoirement porter le costume dès que l’occasion se présente ? A coup sûr, vous serez certains de ne pas déteindre dans l’environnement qui vous entourera, mais assurez-vous que personne ne vous remarquera non plus ! D’autant plus qu’un costume mal taillé est bien plus remarqué qu’un ensemble chic et élégant mais dépareillé ! Choix facile et dépourvu de toute originalité, le traditionnel costume noir a du plomb dans l’aile et des plis dans la doublure, alors tant qu’à innover, lâchez-vous et préférez-lui des teintes plus colorées, des motifs sans forcément virer dans le déguisement façon Mika mais en osant la différence. Si la peur vous prend et que la discrétion vous sied à merveille, comme vous voulez, mais dès lors n’hésitez pas à jouer sur les accessoires en leur faisant refléter votre personnalité. De plus à SciencesPo, tout le monde vous connaît, alors ne vous cachez plus, les trois mois de vacances d’été suffiront à votre promo pour oublier votre fashion faux pas si tel était le cas vendredi prochain.

Sachez qu’à l’heure actuelle, notre ami se porte près du corps sans épaulettes à trois mètres du cou ou de cravates descendant sous la braguette. On préfèrera donc un costume à notre taille, permettant tout de même de respirer sans avoir à coudre quatre ourlets sur les chevilles (Aymeric on fera une exception pour toi).

Claudia Schiffer en smoking

Claudia Schiffer en smoking

Pour finir, n’oubliez jamais que les vêtements resteront des vêtements, et que la mode, aussi intéressante qu’elle soit à analyser, n’a rien à vous apprendre ou à vous dicter. Respectez vos envies, votre style et les tâches de champagne et vin rouge sur vos chemises blanches et vos robes de soirée vous feront vite oublier toute l’attention que vous avez daigné apporter à votre toilette.

Aux rois et reines du Bal, que la fête commence !

 

« Choix facile et dépourvu de toute originalité, le traditionnel costume noir a du plomb dans l’aile et des plis dans la doublure »

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