Allemagne 2013

G'wöht is!

Le semblant de réconfort bavarois

L’obtention de la majorité absolue par le CSU, parti allié au CDU d’Angela Merkel en Bavière, pourrait être un indicateur positif pour la Chancelière quant aux élections du 22 septembre prochain. Mais entre un FDP acharné, un SPD désespéré et un Horst Seehofer qui s’annonce pénible, il ne s’agit que d’un semblant de réconfort. Revue de presse et commentaire.

"O'zapft is!" (Photo: Yann Schreiber)

Publié le by Yann Schreiber (author), Marc Fort (author)

Topic(s): Allemagne 2013

Imaginez une contrée pas si lointaine au nord de la France. Les gens y seraient relativement heureux, alliant très bonne situation économique passée, présente et future. Politiquement, le gouvernement atteindrait la fin du déficit budgétaire, serait déjà capable de donner un horizon auquel la dette serait entièrement remboursée et la politique menée serait le fruit d’un consensus permanent entre les principales forces politiques. Le chef du gouvernement parviendrait à gagner facilement les élections en jouant un rôle de leader pour entrer dans l’arène politique sans en avoir l’air. En même temps, il récupèrerait chaque idée des autres partis politiques afin de rester populaire… ce qui désorganiserait évidemment l’opposition et réduirait au rôle de bouc-émissaire le partenaire de coalition donnant au chef du gouvernement une majorité parlementaire nécessaire.

Il est évidemment question de l’Allemagne la Bavière qui a donné dimanche dernier la majorité absolue au parti social-chrétien de Horst Seehofer, ministre-président du Land depuis 2008 et à la tête d’un parti qui dirige le « Freistaat » depuis maintenant 56 ans. Avec 47,7% des voix, 101 sièges sur 180 à l’assemblée, la CSU peut, à nouveau, depuis les dernières élections qui avaient conduit à une défaite historique du parti, gouverner seule. La FDP, actuellement en coalition avec la CDU au niveau fédéral, n’obtient pas les votes nécessaires à une entrée au Landtag, l’assemblée bavaroise. Le SPD, principal adversaire d’Angela Merkel pour les élections du 22 septembre, arrive en deuxième position, et gagne légèrement par rapport aux dernières élections en obtenant 20,6%. Le parti des « Electeurs Libres » (Freie Wähler) capte 9% des voix, les verts 8,6%. Le parti de gauche ainsi que le parti Pirate n’entrent pas à l’assemblée.

Tradition et habitude

Le rédacteur en chef du Süddeutsche Zeitung, Kurt Kister, atteste à la CSU un rôle proche de la météo : « Des fois il fait beau, des fois il fait mauvais, desfois la météo est une catastrophe, mais on ne peut pas vivre sans la météo. » La CSU serait, d’après lui, un parti régional au haut potentiel d’identification, avec l’image « de Siemens » : « un géant lent, avec la réputation du passé, auquel on pardonne quelques erreurs. » La victoire serait, d’après « Die Welt », majoritairement due au personnage Horst Seehofer. Et Angela Merkel, alors ? Certes, c’est son courant politique qui a remporté les élections, ce qui devrait réconforter les dirigeants fédéraux qui profitaient déjà d’une avance considérable par rapport au SPD. Or, les pertes majeures du FPD sont alarmantes : un tel résultat au niveau national rendrait impossible la coalition actuelle, coalition préférée par la CDU et Angela Merkel. Seule une grande coalition serait alors possible, alliant CDU/CSU et le SPD. Cette option est préférée par les Allemands, même s’il est entendu qu’une telle constellation freinerait considérablement la politique quotidienne de la première puissance européenne. Reste la possibilité d’une coalition rouge-rouge-vert, alliant SPD, die Linke et les Verts. Cette solution semble d’autant plus fastidieuse qu’une Allemagne sans Angela Merkel n’est pas vraiment envisageable si l’on prend en compte les sondages actuels.

Les dernières batailles

Suite à sa défaite, le FDP essayera de faire valoir la pitié des électeurs, comptant surtout sur la seconde voix des électeurs CDU pour tenter de rester au Bundestag. Une telle campagne risque néanmoins d’affaiblir considérablement la CDU, jusqu’en rendant impossible une coalition avec le FDP. La SPD devra attendre le résultat fédéral pour conclure : même s’il a gagné quelques points de pourcentages, le parti de Peer Steinbrück reste très faible, de même que les Verts et la Linke, ses alliés naturels. Pour Angela Merkel, actuelle et probablement future chancelière allemande, quasi tous les éditorialistes s’accordent sur le fait que Horst Seehofer deviendra pénible : l’Allemagne, tel l’unisson, sera fortement gouvernée depuis Munich, et Angela Merkel devra composer non seulement avec un partenaire d’une quelconque coalition, mais aussi avec le leader bavarois, tout en sachant que le FDP et le SPD essayeront avec force de faire valoir leurs programmes dans une possible coalition et de ne pas se soumettre trop facilement à une domination Merkelienne. La Bavarie n’est donc qu’un semblant de réconfort. Pour tous les leaders – sauf pour Horst Seehofer.

Suite à sa défaite, le FDP essayera de faire valoir la pitié des électeurs. Une telle campagne risque néanmoins d’affaiblir considérablement la CDU, jusqu’en rendant impossible une coalition avec le FDP.

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