Interview avec Maxime Logerot

Dans le cadre des élections régionales de décembre, Le Parvenu donne la parole aux différentes tendances politiques représentées dans la nouvelle région Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne. La cinquième rencontre a eu lieu le jeudi 5 novembre avec Maxime Logerot, chef de file de Meuse de l'Union Populaire Républicaine.

Maxime Logerot, accompagné d'un colistier de la liste UPR en ACAL (photo: Philippe Pernot)
Maxime Logerot, accompagné d'un colistier de la liste UPR en ACAL (Photo: Philippe Pernot)

Publié le by Pierre Freisinger (author), Léo Clavurier (author), Philippe Pernot (photographer)

Débutons en évoquant votre parcours. Que faites-vous en dehors de la politique ?

Je m’appelle Maxime Logerot, j’ai 20 ans. Je suis né à Lunéville. Je suis donc attaché à la Meurthe-et-Moselle. J’ai beaucoup déménagé dans ma jeunesse et j’ai connu différents coins de France. Je fais aujourd’hui des études en communication à l’Université de Lorraine.

Comment avez-vous commencé votre engagement politique ? Avez-vous toujours fait partie de l’UPR ?

Comme beaucoup de jeunes de mon âge, je me suis intéressé à la politique principalement à partir des élections présidentielles de 2012, lors desquelles on a accès à un débat public plus axé sur les différents mouvements politiques. En lisant les programmes des candidats, je suis tombé sur celui de François Asselineau, qui cherchait à se présenter, mais qui n’avait pas reçu les 500 parrainages nécessaires. Il avait présenté un programme pendant 5 heures en 2011, et était passé sur quelques médias, notamment 5 minutes sur I>télé. Il m’avait plu, et encore plus en comparaison aux autres. François Asselineau a cette différence qu’il ne se contente pas de caricaturer le socialisme ou la politique migratoire, mais il explique clairement pourquoi il faut sortir de l’Union européenne, en précisant le cadre de cette sortie.

Quand avez-vous débuté votre engagement ?

En 2013, j’ai adhéré à l’UPR. J’avais envie de m’engager. Ce sont mes premières élections, en tant que tête de liste dans la Meuse. Ce n’est pas une sorte de parachutage, car j’ai vécu pendant cinq ans à côté de Verdun, ce sont cinq années qui m’ont marqué dans le sens positif du terme.

Quelle est la raison d’être de l’UPR ? Où vous situeriez-vous sur l’échiquier politique ?

Durant sa carrière politique, François Asselineau a eu l’occasion de voir que la France n’avait plus toutes les cartes en main pour mener la politique qu’elle souhaitait, car elle était soumise aux institutions civiles et économiques de Bruxelles d’une part, et militaires de Washington d’autre part. Il lui a semblé normal de fonder un mouvement mettant cette idée en avant. En 2007, pour les 50 ans du Traité de Rome, l’UPR a lancé un programme national s’appuyant sur trois axes : la sortie de l’Union européenne, la sortie de l’euro, et la sortie de l’OTAN. Toutefois, il faut voir l’UPR comme un parti de rassemblement. Il y a certes des thèmes fondamentaux comme nous venons de l’évoquer, mais nous nous abstenons de nous positionner sur certains sujets considérés comme clivants, tels que la politique migratoire ou la politique sur le nucléaire. Nous sommes toutefois autorisés à en parler en privé. Nous nous classons de droite et de gauche. D’ailleurs cela fut officialisé par le Ministère de l’intérieur, qui nous classe comme « Divers », c’est-à-dire ni de droite ni de gauche. Notre programme est celui du Conseil National de la Résistance au sortir de la guerre, que nous avons actualisé.

François Asselineau, président et fondateur de l'UPR (photo : upr.fr)

François Asselineau, président et fondateur de l'UPR (photo : upr.fr)

Quel est votre avis concernant la réforme des régions et le choix de Strasbourg comme capitale ?

Nous nous opposons à cette réforme car nous pensons qu’elle entraînera la formation d’euro-régions, c’est-à-dire que les grandes régions traiteront directement avec d’autres régions européennes, se détachant ainsi légalement de l’État. Une telle possibilité avait déjà été soumise à un référendum en Alsace en avril 2013. Voilà pourquoi nous voyons dans cette réforme l’éclatement de la France. De plus les économies réalisées seront faibles, si ce n’est nulles. Concernant le choix de Strasbourg, nous n’avons pas vraiment de position, même si on pouvait le remettre en question d’un point de vue géographique.

C’est la première fois que l’UPR participe à des élections régionales. Quels sont vos objectifs ? Une alliance est-elle envisageable ?

Nous avons réussi à nous présenter dans 13 régions, en France métropolitaine hors Corse, et à la Réunion. Ceci est un exploit important pour nous. Le second objectif est que les Français nous connaissent, il nous faut donc des représentants locaux. Aux dernières élections européennes, nous avions fait 0,42%, et 1,7% aux élections départementales. Un récent sondage nous créditait de 2% aux prochaines élections.

Une de nos difficultés est notre sous-représentation dans les médias. Nous avons saisi cinq fois le CSA [Conseil supérieur de l’audiovisuel], qui normalement doit sanctionner les médias qui ne nous accordent pas la parole. Celui-ci ne sanctionne jamais lesdits médias. Nous n’avons jamais la possibilité d’être mis en débat, ce que nous regrettons. Même lors de l’invitation à « On n’est pas couché » sur France 2, François Asselineau a été coupé et n’a pas bénéficié du même traitement que les autres.

Nous avons aujourd’hui le site internet de parti politique le plus consulté en France. Les autres partis politiques ne publient pas les chiffres officiels de leurs adhérents. Aujourd’hui nous sommes 9000, alors qu’Europe-Ecologie les Verts ne compte que 4000 personnes selon ses représentants. 77 000 personnes ont voté pour nous aux élections européennes. Nous représentons donc un mouvement que l’on ne peut pas se permettre d’ignorer.

Les alliances au second tour sont difficilement envisageables. Il faudrait qu’une liste s’accorde avec la sortie de l’UE, de l’euro et de l’OTAN. Ce sont des conditions sine qua non, puisque nous ne sommes pas là pour faire carrière, mais pour aider la France à s’en sortir.

Pourquoi pensez-vous que le Front national n’a pas la même vision que vous sur l’Union européenne ?

Le problème du FN est qu’il y a autant de versions sur l’UE que de représentants. Nous en avons dénombré 17. Il faut mettre en avant la sortie de l’UE par l’article 50 du Traité sur l’Union européenne, ce qui n’est jamais fait. Jacques Attali lui-même avait reconnu avoir volontairement omis d’insérer une clause de sortie dans le Traité de Maastricht.

De plus nous sommes absolument opposés au choc des civilisations. Le Front national, lui, passe son temps à stigmatiser les Français entre eux.

En outre l’alliance existe déjà : c’est l’UPR. Il y a des gens qui viennent de tous les partis politiques. Voilà pourquoi nous n’avons aucun intérêt à nouer d’alliance avec d’autres partis politiques, pour ne pas nous diviser en interne.

Avez-vous, en plus de ce programme national, des mesures à proposer au niveau régional ?

Notre programme régional sera publié dans les jours qui viennent sur internet. Nous nous opposerons prioritairement à la privatisation des TER, qui est une mesure qui commencera en 2017 selon les ordres de Bruxelles. Nous nous opposerons aux euro-régions. Nous nous opposerons à l’infiltration totale du numérique dans l’école, car des études scientifiques ont prouvé les mauvais côtés des écrans. Nous voulons aussi faire intervenir des personnes de cultures différentes dans les écoles pour offrir une ouverture sur le monde aux élèves. Notre programme régional s’inscrit dans le programme national. Nous mettrons en place un référendum d’initiative populaire au niveau régional. Nous ferons un audit financier de la région dès le début.

Quel est votre point de vue sur la gare de Vandières et le TER en Lorraine ?

Nous nous tenons au résultat de la consultation organisée en février à ce sujet, lors de laquelle les Lorrains se sont prononcés en défaveur de la construction d’une nouvelle gare.  Pour pallier le taux de participation faible [moins de 10%, NDLR], il aurait fallu organiser des débats au niveau régional, voire au niveau national pour toucher tout le monde.

Aujourd’hui, l’État s’assoit sur l’avis du peuple. Par exemple, il y aurait dû avoir un référendum concernant la fusion des trois régions, mais un décret a supprimé cette obligation.

Que pensez-vous de l’A31 bis ?

Pour les sujets qui font débat, nous mettons en place un référendum. Ici c’est le cas. Mais si nous sommes élus pour certains projets, il n’y a pas lieu d’en organiser. Si les citoyens veulent le contester, ils auront de toute manière la possibilité du référendum d’initiative populaire.

Maxime Logerot, chef de file UPR en Meuse (photo : Philippe Pernot)

Maxime Logerot, chef de file UPR en Meuse (photo : Philippe Pernot)

Que proposez-vous pour l’apprentissage des langues ?

Tout d’abord, il faut savoir que François Hollande avait promis la ratification de la Charte des langues minoritaires et régionales, ce à quoi nous sommes frontalement opposés. Nous sommes opposés à l’idée que les patois acquièrent le statut de langues officielles.

Même si la politique d’éducation est décidée au niveau national, nous pourrons collaborer avec des Allemands, notamment à travers l’institut Goethe et les échanges franco-allemands.

L’objectif est de casser l’envie d’aller travailler en Allemagne, qui offre aujourd’hui de nombreux emplois aux travailleurs de la région, car sur le long terme, nous cherchons à leur offrir un véritable bassin d’emplois en France.

À l’Université de Lorraine, il y a déjà des réunions en langue étrangère qui sont ouvertes à tous, par exemple pour jouer aux jeux de société. Ce genre d’initiative pourra être étendu.

Quelles sont vos propositions en termes de politique économique ?

Nous développerons les aides aux PME, en contrepartie de la création d’emplois durables. De toute façon, à cause de l’article 63 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne qui pose le principe de la libre circulation des capitaux, la région n’a plus de pouvoir sur les grandes multinationales.

Au fond, n’êtes-vous pas seulement une partie de la vague eurosceptique, en réaction de la crise économique, plus qu’un parti qui durera dans le long terme ?

On observe depuis le Traité de Maastricht de 1992 que l’Union européenne ne fonctionne pas très bien. Les traités européens imposent une politique d’austérité à la France. Tous les ans, Bruxelles envoie des grandes orientations de politique économique à Paris, qui mènent à des sanctions lorsqu’elles ne sont pas respectées. Dominique de Villepin avait vendu les autoroutes françaises sur injonction de Bruxelles. Bruxelles a demandé récemment à l’Etat français de privatiser les barrages. L’Union européenne est néfaste économiquement pour la France. Jacques Sapir et Philippe Murer ont démontré dans Les scenarii de dissolution de l’euro qu’une sortie de l’euro entraînerait de la croissance en France. Huit Prix Nobel d’économie se sont positionnés en faveur de la sortie de l’euro.

Pourquoi cela créerait-il de la croissance ?

Selon les économistes du FMI, la maîtrise du taux de change est indispensable à une bonne économie. L’euro fort profitait par exemple surtout à l’Allemagne. Nous pensons que lorsque la France est désavantagée vis-à-vis des exportations, l’État devrait diminuer les taux de change, ce qui est fait par la BCE aujourd’hui. La maîtrise de la monnaie fait partie des compétences régaliennes d’un Etat. Le problème est que pour modifier les traités européens, il faut impérativement obtenir l’accord des 28 États membres.

Aujourd’hui, la France ne peut plus contrôler les flux de capitaux. Voilà pourquoi M. Mittal a pu délocaliser certaines usines. Voilà pourquoi un escroc chinois n’a pas pu être empêché de racheter l’aéroport de Toulouse.

Êtes-vous contre l’Union européenne ou contre le libéralisme finalement ?

Nous pourrions avoir un État libéral, mais il faut impérativement que cela découle d’un choix fait au niveau national, non pas européen. Évidemment, on ne va pas tout fermer du jour au lendemain. En ce qui concerne Schengen, ce dernier rentre dans les sujets clivants, donc l’UPR n’a pas de position officielle à ce sujet.

Merci, M. Logerot, pour cette interview !

« La France est soumise aux institutions civiles et économiques de Bruxelles d’une part, et militaires de Washington d’autre part. » 

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