Interview avec Mikaël Agopiantz

Dans le cadre des élections régionales de décembre, Le Parvenu donne la parole aux différentes tendances politiques représentées dans la nouvelle région Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne. La sixième rencontre a eu lieu le mercredi 11 novembre avec Mikaël Agopiantz, chef de file de Meurthe-et-Moselle d'Europe Écologie Les Verts.

Mikaël Agopiantz, chef de file 54 pour EELV (photo: Philippe Pernot)
Mikaël Agopiantz, chef de file 54 pour EELV (Photo: Philippe Pernot)

Publié le by Pierre Freisinger (author), Léo Clavurier (author), Philippe Pernot (photographer)

Quel est votre parcours personnel  en dehors de la politique ?

J’ai 32 ans. Je suis originaire du Sud mais j’ai vécu à Paris jusqu’à mes 25 ans. J’ai étudié à la faculté de médecine Paris-Descartes, puis après le concours national en 2008 je me suis retrouvé dans cette magnifique ville de Nancy. Je suis aujourd’hui gynécologue.
 J’ai fait beaucoup de syndicalisme de 2002 à 2010. Quand les facs de médecines ont fusionné à Paris V, j’ai créé la Nouvelle Amicale puis la Fédération des étudiants de Paris, l’AGEP qui est membre de la FAGE [syndicat étudiant].
J’ai aussi un parcours syndical professionnel : je suis affilié au syndicat des gynécologues.

 Qu’en est-il de votre parcours politique ? De quand date votre engagement à EELV ?

J’ai adhéré après mon parcours syndical puisque nous sommes dans une perspective d’indépendance. J’avais également été membre du PS entre 2001 et 2003, mais c’est une vieille histoire. D’ailleurs, en 2002, j’avais quand même voté Noël Mamère [candidat des Verts aux élections présidentielles].
J’ai donc adhéré il y a deux ans à Nancy. Je suis secrétaire du groupe du local et secrétaire du groupe Lorraine depuis un an.

Vous êtes-vous déjà présenté à des élections avant celle-ci ?

Je me suis présenté comme suppléant aux départementales à Vandoeuvre sur une liste d’union de la gauche et du centre en soutien à Stéphane Hablot, le maire socialiste.

Pour les élections de décembre, pensez-vous pouvoir atteindre les 5 % nécessaires pour réaliser une fusion ?

Il n’y a pas vraiment d’objectif, nous allons donner le maximum. Sandrine Bélier avait pour but au départ 10%. Maintenant c’est le maximum possible, afin qu’elle soit présidente de la région. D’ailleurs c’est la seule femme tête de liste.  Nos amis du Front de Gauche, qui se disent pour la parité, ont eux-mêmes 8 têtes de listes départementales hommes sur 10.

Une alliance peut-elle être envisagée au deuxième tour, avec le Front de Gauche par exemple ?

La première discussion était de savoir ce que l’on allait faire au premier tour, avant de parler du second. Il y a une alliance avec le MEI [Mouvement Ecologiste Indépendant] et avec le PRG [Parti Radical de Gauche].
L’union au premier tour aurait pu être plus large que cela. Par rapport au Parti Socialiste, la vision d’autonomie était évidente pour la bonne et simple raison que c’est une élection à la proportionnelle et à deux tours donc avec possibilité de fusion de liste [au deuxième tour]. C’est d’ailleurs ce qui fut fait en 2010 dans les trois anciennes régions. Ce n’est parce qu’on essaie d’additionner un melting-pot au premier tour, qui à part diminuer l’offre ne fait rien, que l’on luttera contre le Front National. Pour terminer sur le premier tour, il y a également eu des discussions avec le Front de Gauche mais elles n’ont pas permis de mettre en place une union dès le premier tour pour des raisons programmatiques et de personnes. La tête de liste du Front de Gauche Patrick Peron a déclaré qu’EELV exigeait 9 têtes de liste sur 10, ce qui n’est absolument pas vrai.
Pour le deuxième tour je vais faire preuve de langue de bois : tout est possible. Nous  combattons les idées fascisantes du Front National et nous proposerons nos projets jusqu’au bout. En fonction des différents résultats, des chances et des risques de chacun, on prendra nos responsabilités.

Sandrine Bélier, eurodéputée et tête de liste d'EELV en ACAL (photo : Wikimedia)

Sandrine Bélier, eurodéputée et tête de liste d'EELV en ACAL (photo : Wikimedia)



Une importante réforme territoriale accompagne la tenue des élections, quelle est la position d’EELV par rapport à celle-ci ?

La réforme territoriale aurait pu être une chance. C’est quelque chose que nous demandions mais le Gouvernement n’est pas allé au bout. Il n’a pas supprimé les départements, ni fait fusionner les communes. Pour nous il y a trois échelons : les communautés de commune, la grande région et l’Europe. C’était une bonne idée même si l’on peut voir qu’il y a un découpage un peu politicien. C’est Solferino [siège du PS, NDLR] qui a décidé, non pas des gens indépendants.

Concernant le choix de Strasbourg comme capitale, cela vous parait-il cohérent ?

Strasbourg sera la capitale administrative et donc le siège de la préfecture, ce choix paraît évident. Le choix de la localisation de l’hôtel de région n’a lui pas encore été défini, Metz pourrait être un bon choix puisqu’il y a des déjà les bâtiments suffisamment grands.

En 2010, EELV avait obtenu 12% des suffrages au premier tour. Au niveau national, les sondages vous créditent cette fois de 4%.

Ce n’est pas vrai. Le chiffre de 4% est issu de comptages statistiques dans lesquels des voix d’EELV ont été comptabilisées avec celles du Front de Gauche. Le chiffre exact serait plutôt 7 ou 8 %.

C’est somme toute une baisse importante par rapport à 2010, comment l’expliquez-vous ? 

Tout d’abord, 2009-2010 était une période faste pour le parti, dans le contexte des élections européennes et du retour de Daniel Cohn-Bendit. D’une manière générale, il y a une droitisation de l’électorat français : Marine Le Pen fait 30%, Sarkozy coure derrière Marine Le Pen et Valls coure derrière Sarkozy. Tout le monde se décale vers la droite et tout le monde ne parle que des idées populistes.

Pensez-vous que les divisions au sein d’EELV, notamment au Parlement, jouent en votre défaveur ?

Non je ne pense pas. Les gens ont bien compris que c’étaient 20 personnes qui partaient parce qu’elles avaient acheté leur place sur les listes socialistes. Je ne veux pas faire le procès de Jean-Vincent Placé, il n’est pas le seul responsable. C’est le jeu des socialistes d’essayer d’avoir leur parti écolo, de la même manière qu’ils avaient essayé d’inféoder le parti communiste.

Concernant le programme pour la région, qu’est-ce qui vous différencie des autres partis ?

Avant le programme, ce sont des valeurs et des gens qui nous différencient des autres. Nous respectons la parité : sur 13 têtes de listes régionales, 7 sont des femmes. Nous avons aussi une parité interne au sein des régions. L’autre chose est la citoyenneté : sur ma liste en Meurthe-et-Moselle il y a 37 % de non-encartés et moins de la moitié encartés chez EELV. Nous sommes une liste jeune puisqu’un tiers de la liste a moins de 35 ans. Enfin, nous sommes des gens de la vraie vie qui travaillons, nous ne sautons pas de mandat en mandat. De plus, aucune de nos têtes de liste n’a d’autre mandat qu’un mandat municipal.
Par ailleurs, nous sommes les seuls à porter certaines valeurs, par exemple il n’y a pas d’autre liste europhile. Le PS et les Républicains peuvent dire qu’ils aiment bien l’Europe du marché comme elle se fait actuellement mais ce n’est pas une vision politique. À part nous, il y a donc deux partis qui ont une vision économique de l’Europe et les autres qui sont contre. Nous sommes un des seuls partis à réellement défendre les libertés individuelles. J’étais au procès des Anonymous à Nancy et nous étions le seul parti représenté.

Vous êtes donc libertaires et europhiles. Mais concrètement, quel est votre programme pour la région ACAL ?

J’y arrive, mais je vais vous expliquer pourquoi je vous parle de cela d’abord. Si nous n’arrivons pas premiers au deuxième tour, notre projet ne sera pas mis en place. Globalement, tout ce que nous allons faire en cinq ans c’est sur nos valeurs que cela sera mis en place, à moins que Sandrine Bélier [tête de liste régionale] n’arrive en tête ou que nous fassions partie d’une majorité qui nous écoute.
Mais nous pouvons bien sûr parler de ce qui se fera en ACAL quand Sandrine Bélier sera présidente de région. Nous sommes pour la défense de l’environnement et contre le nucléaire, nous voulons donc arrêter le nucléaire dans la région. Cela ne relève pas vraiment de la compétence de la région, mais cela est plus facile si le président est contre. Nous souhaitons donc la fermeture immédiate de Fessenheim, la fermeture progressive des autres centrales de la région et l’arrêt total de la construction des centres d’enfouissement de déchets nucléaires dans le Grand Est. Nous sommes également en faveur de la mise en place d’une vraie politique de transition énergétique, que ce soit sur la consommation énergétique des bâtiments ou la manière de produire l’électricité. Éolien à fond les ballons.
Il y a également tout le volet santé, notamment la lutte contre les déserts médicaux, par exemple en montant des maisons médicales pluridisciplinaires.

Mikaël Agopiantz, lors de notre interview du 11 novembre (photo : Philippe Pernot)

Mikaël Agopiantz, lors de notre interview du 11 novembre (photo : Philippe Pernot)

Concernant les transports, quel est votre avis sur la gare de Vandières et l’A31 bis ?

Le dossier Vandières est le grand gâchis de la mandature précédente. On en parlait déjà il y a deux mandats puis cela s’est traîné en longueur.  En 2014 il y a eu cette magnifique idée de faire un référendum alors que la construction a été promise deux fois, a été actée, a été déclarée d’utilité publique et était financée. Résultat : 10% de participation et 54% contre ; les Lorrains sont contre la gare de Vandières. C’est d’abord une question de démocratie avant d’être une question de transport. Après sur la question du transport c’est quelque chose d’évident : il y a des gares d’interconnections TGV-TER dans toutes les régions, sauf en Lorraine. Notre président de groupe actuel a fait tout ce qu’il fallait en faveur de la gare. Ce dossier est une des raisons pour laquelle une alliance avec le PS au premier tour n’était pas envisageable. Pour nous, Vandières est une priorité.

Pour ce qui est de l’A31 bis, il y a plusieurs débats. Nous sommes complètement opposés à la construction du barreau de Toul, en revanche nous avons toujours été en faveur d’une troisième voie réservée au transport publique et au covoiturage dans la partie Nord. Enfin, nous l’avons dit et répété, nous voulons une augmentation de la taxe poids lourds.

Finissons avec la politique de formation : avez-vous de propositions, notamment sur les langues, puisque nous sommes dans une région transfrontalière ?

Sandrine Bélier a une position très claire qui est partagée par tout le monde, au niveau de l’ACAL comme au niveau national : le respect strict des langues régionales.
Pour l’apprentissage de l’allemand, nous avons annoncé vouloir mettre des moyens spécifiques et majeurs.

Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?

On essaiera de contrer la politique de Najat Vallaud-Belkacem par des financements spécifiques au niveau régional. Dans notre programme on trouve également des systèmes d’échanges pour lycéens, comparables à Erasmus, et dirigés sur les quatre pays frontaliers.

Est-il prévu d’étendre l’utilisation de la carte Multipass plus à l’ensemble de la nouvelle région ?

Oui, c’est dans notre programme.

Merci pour cette interview, M. Agopiantz !

« Nous sommes la seule liste europhile. Certains voient dans l'Europe un outil économique, les autres sont contre. »

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