Interview avec Julien Vaillant

Dans le cadre des élections régionales de décembre, Le Parvenu donne la parole aux différentes tendances politiques représentées dans la nouvelle région Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne. La septième rencontre a eu lieu le vendredi 13 novembre avec Julien Vaillant, chef de file de Meurthe-et-Moselle du Parti Socialiste.

Julien Vaillant, chef de file du PS en Meurthe-et-Moselle (photo: lecese.fr)
Julien Vaillant, chef de file du PS en Meurthe-et-Moselle (Photo: lecese.fr)

Publié le by Pierre Freisinger (author), Léo Clavurier (author)

Pour commencer, quel est votre parcours en dehors de la politique ?

J’ai 39 ans et je suis inspecteur du travail de formation. Je fus très tôt engagé dans des syndicats étudiants pendant mes études d’Histoire et je fais partie de cette jeune génération qui a été élue lors de la vague rose aux régionales de 2004. Je suis donc aujourd’hui conseiller régional et également municipal puisque je suis dans l’opposition à Pont-à-Mousson, et suppléant du député Jean-Yves Le Déaut.

Venons-en aux élections. Des alliances avec EELV ont-elles été envisagées ? Si oui, pourquoi ont-elles échouées et sont-elles encore envisageables au deuxième tour ?

Ces alliances ont été plus qu’envisagées. Pour nous l’unité de la gauche était une condition indispensable à la victoire, particulièrement dans cette région ACAL. Elles sont de plus politiquement logiques puisque dans les anciennes régions gérées par la gauche (Champagne-Ardenne et Lorraine), les majorités sont écologistes, communistes et socialistes. Unité ne veut pas dire uniformité, il y a eu dans l’exercice du mandat précédent un respect des sensibilités de chacun.
Nous avons donc beaucoup travaillé pour, tout en ne posant aucune condition. Malheureusement cela n’a pas pu se faire, je pense que nos partenaires se trompent d’échéance selon un phénomène qui fait que lors des élections régionales, tout se joue sauf l’élection régionale. Le contexte de cette élection s’inscrit au point de départ d’une fragmentation de la gauche et à l’arrivée une recomposition profonde de la vie politique française, à droite comme à gauche.
Une alliance au deuxième tour sera évidemment envisageable mais très difficile. La première raison est le scrutin qui va rendre les choses techniquement très complexes puisqu’il sera difficile de mener des négociations sur les listes et le programme dans dix départements différents. La deuxième raison est que le risque de voir la gauche divisée dès le premier tour, que nous n’ayons pas la dynamique nécessaire et que nous soyons trop décrochés en vue du deuxième.

Jean-Pierre Masseret, actuel président du Conseil régional de Lorraine (photo : Wikimedia)

Jean-Pierre Masseret, actuel président du Conseil régional de Lorraine (photo : Wikimedia)

Vous avez parlé d’une gauche éventuellement décrochée et les sondages créditent le PS de 19% d’intentions de vote en ACAL. Comparé au succès de 2010, considérez-vous qu’il s’agit d’une sanction contre le bilan régional ou pensez-vous que ce chiffre s’inscrit dans un contexte de mécontentement national ?

Je pense que c’est avant tout un vote de mécontentement profond  par rapport à la situation nationale. Il y a de plus un phénomène nouveau : l’abstentionnisme de gauche. Cette abstention a une signification politique sur laquelle il va falloir que nous nous penchions.
Par contre, je ne pense pas du tout que ce soit une sanction des dix ans faits sur les territoires. D’ailleurs, d’après mon ressenti de campagne, le bilan n’est pas jugé négativement localement. L’abstention et la sanction sont nationales.

Quelles sont les grandes lignes de votre programme pour la région ACAL ?

Nous voulons continuer les efforts qui ont été faits pour l’accompagnement quotidien des habitantes et des habitants, il y a quelque chose de nouveau qui s’est construit dans les régions ces dernières années. Je pense par exemple à la gratuité des bus scolaires, à la vie associative et sportive et à la modernisation des TER.

Les grandes lignes du programme sont de trois ordres. Le premier axe est le développement économique. Pour vous donner un ordre de grandeur, une région comme la Lorraine a un budget de 980 millions dont 71 millions sont consacrés au développement économique et à l’innovation, c’est très peu. Avec le transfert de compétences, nous allons avoir autorité sur le développement économique en lien avec les métropoles. Nous vivons dans une région transfrontalière à la balance commerciale excédentaire, nous vous voulons donc aller fortement sur l’innovation. Nous voulons de plus démocratiser l’accès à la formation.
Le deuxième axe est la proximité. Nous avons par exemple défini 57 territoires de vie en Lorraine. Nous voulons que les grands choix et les grandes orientations stratégiques soient partagés et co-construites avec ces territoires.
Le troisième grand axe de notre projet est celui de la transition écologique, du développement du numérique et de tout ce qui pourra permettre une bonne articulation entre les territoires urbains et ruraux.

Revenons sur la question des transports et plus précisément sur les sujets de la gare de Vandières et de l’A31 bis. Voulez-vous relancer le projet de la gare de Vandières ? Voulez-vous développer l’A31 bis ?

Nous sommes favorables à la gare de Vandières puisque c’est une gare d’interconnexion qui permettra de relier la grande vitesse aux 170 gares TER de l’espace régional lorrain. Il y a eu l’épisode de la consultation qui est quelque chose que nous assumons, nous pensions donner une impulsion nouvelle au projet. Malheureusement le taux de participation a été étonnement bas et le « non » a été majoritaire puisque les Mosellans ont voté contre. Nous avons considéré que nous étions liés par cet exercice démocratique et que la majorité actuelle ne pouvait réaliser Vandières. En revanche, nous avons voté lors de notre dernière session une motion qui affirmait l’intérêt grand régional de Vandières et qui demandait à la nouvelle assemblée de faire Vandières dans les meilleurs temps.
Sur ce qui est de l’A31 bis, nous sommes totalement favorables à la mise à deux fois trois voies sur tous les secteurs qui ont pu être identifiés comme des points noirs. Nous sommes également pour la mise en place des deux barreaux autoroutiers, au Nord comme au Sud.

Jean-Paul Bachy, actuel président du Conseil régional de Champagne-Ardenne (photo : Wikimedia)

Jean-Paul Bachy, actuel président du Conseil régional de Champagne-Ardenne (photo : Wikimedia)



La région ACAL partagera des frontières avec quatre pays. Envisagez-vous de développer l’apprentissage des langues étrangères et les échanges avec les pays transfrontaliers ?

Oui, complètement. Il y a des choses à faire au niveau de la formation, y compris de l’apprentissage, qui peut lui-même être transfrontalier. Les questions de mobilité sont également fondamentales, notamment celles des jeunes et des étudiants, c’est ce qu’on appelle le COREMOB [Comité Régional de la Mobilité Européenne et Internationale]. Nous avons également des filières de développement économique à construire conjointement avec nos partenaires transfrontaliers, comme c’est déjà le cas avec la vallée européenne des matériaux et de l’acier. Nous venons d’ailleurs de voter une stratégie France-Allemagne en Lorraine.

Pour ce qui est des langues, nous sommes très vigilants sur l’enseignement de l’allemand mais c’est une compétence de l’éducation nationale.

Évoquons le cas des étudiants. Voulez-vous généraliser la carte Multipass plus à l’ensemble de la nouvelle région ?

Tout à fait. Multipass est une carte qui permet la gratuité des bus scolaires dans les lycées, l’accès à une licence de sport et à un pass culturel. Les dispositifs semblables qui existent en Champagne-Ardenne et en Alsace ne sont pas homogènes par rapport au nôtre.
Il faut que nous allions plus loin sur les politiques jeunesses, et on voit bien que la Lorraine a été innovante sur ce sujet. Je pense aussi à une aide de 8000 euros que nous avons mis en place pour les jeunes entrepreneurs ou à une mutuelle pour les étudiants boursiers. Nous sommes peut-être plus en avance sur ce plan que les autres territoires et je pense qu’il faut généraliser cela.

Les bourses qui concernent les études sanitaires et sociales sont actuellement gérées par le conseil régional. Voulez-vous garder cette compétence ou la transférer au CROUS ?

Nous n’avons pas encore discuté d’un transfert de cette compétence avec le CROUS, mais nous sommes ouverts à toutes les propositions et favorables à un tour de table qui permettrait le meilleur service à l’étudiant. Pourquoi ne pas faire du CROUS le guichet unique de tous les dispositifs de bourse.

Merci pour cette interview, M. Vaillant !

« D’après mon ressenti de campagne, le bilan n’est pas jugé négativement localement. L’abstention et la sanction sont nationales. »

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