Bobby, les déchets nucléaires et la justice.

Légitimité mais illégalité: la désobéissance civile écologiste rencontre une réponse exceptionnellement sévère des pouvoirs publics.

Pour avoir piraté les sites internet par déni de service (DoS) du Ministère de la défense en réponse à la mort de Rémi Fraisse, et les sites de l'Agence Nationale de Gestion des Déchets Radioactifs,  du Conseil Départemental de la Meuse et de la région Lorraine en signe de protestation contre le projet d’enfouissement des déchets nucléaires à Bure, l’étudiant et poète Loïc Schneider (alias Bobby) a été condamné le 23 novembre par le tribunal correctionnel de Nancy avec deux autres activistes à quatre mois de prison avec sursis et à une amende de 2867€. Le Parvenu l'a rencontré.

Publié le by Eric Berlemont (author)

Déchets nucléaires

Déchets nucléaires

Peuplée d’à peine 80 habitants, la commune de Bure, située à une soixantaine de kilomètres de Nancy, à la frontière de la Haute-Marne et de la Meuse est au cœur des enjeux des élections régionales et du débat sur la transition énergétique.  Le gouvernement français a en effet pour projet d'y implanter le premier site de stockage de déchets nucléaires par enfouissement en France : Cigéo (Centre industriel de stockage géologique).

C'est dans le cadre de  «l'opération contre les grands projets inutiles et imposés» (OpGPII), que Loïc Schneider, Cédric Sibille et David Druart, trois « hacktivistes » du mouvement Anonymous ont attaqué les sites internet des collectivités locales et des organismes en charge du projet. Par « grands projets inutiles et imposés », veuillez entendre des chantiers de grande envergure soulevant d'immenses fonds publics et dont les coûts et les conséquences pour l’environnement amènent à douter de leur caractère d'intérêt général. Ils se comptent par dizaines. Ainsi la gare Stuttgart 21,  l'aéroport de Berlin, le tunnel Lyon-Turin et l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes rencontrent une forte opposition de la part des mouvements environnementalistes et de la population.

Les opposants au projet reprochent à l’État et à l'Andra de sous-estimer les risques encourus par un tel enfouissement sur le long terme et les coûts pour les générations à venir qui auront à payer et à assumer les choix pris par les politiques d'aujourd'hui. Qui peut garantir que les milliers de colis (déchets hautement radioactifs emprisonnés dans du verre) ne subiront pas les aléas du temps sur les centaines de milliers d’années requises pour en supprimer la dangerosité, que le site de stockage ne connaîtra pas d'infiltrations qui empoisonneraient alors les nappes phréatiques et la biosphère, un séisme ou même un incendie comme au Nouveau-Mexique.

Loïc dénonce aussi le simulacre de consultation publique permettant d'emballer le projet d'un beau paquet de « démocratie participative » et de disposer de l'argument selon lequel il est inutile de manifester et de protester dans la mesure où la population a été entendue. Le processus démocratique a échoué. En effet, il ne s'agit que d'une consultation publique, qui n'entend que relever les questions de la population, et qui ne comprend en rien la possibilité d'intégrer un pouvoir décisionnel citoyen. Le militant écologiste estime qu'un projet d'une telle envergure et présentant un tel risque pour l'avenir du territoire ne peut se faire sans l'adhésion de la population qui y vit. Naturellement, sachant qu'il ne pourrait y avoir de plébiscite sur une question de la sorte, nul ne se risque à tel délire démocratique. Il porte l'accusation encore plus loin en reprochant au département d'être subventionné par l’Andra de manière massive en échange de son silence .

Le 8 avril 2015 à 6h du matin, sept agents de la DGSI (service de renseignement intérieur) arrêtent et menottent Loïc pour une garde à vue de 48h au commissariat de Nancy. Suites aux plaintes déposées par l'Andra et les collectivités territoriales, les trois militants ont étés jugés le 9 novembre, le procureur ayant retenu le motif « d'accès et maintien frauduleux dans un système informatique en bande organisée ».  Le 23 novembre, le jugement a été rendu. Les trois militants ont à payer 5900 euros pour dédommager la région Lorraine et 1500 euros pour le département de la Meuse, mais aussi respectivement 450 euros de frais de justice et 1 euro symbolique à l’Andra. Ils sont aussi condamnés à 4 mois de prison avec sursis. Dans le cadre de la loi anti-terrorisme ils risquaient 10 ans de prison et 150.000 euros d’amende.

La défense tient pourtant à souligner le caractère disproportionné de la peine au vu du caractère bénin de l'attaque informatique, qu'elle qualifie de simple occupation temporaire sans dommages et qu'elle considère comme une nouvelle forme de protestation. A l’AFP, Loïc déclare «Ce n'est pas du piratage, c'est une action de contestation comparable [...] à une manifestation, un blocus d'université.»

Dernièrement, et dans le contexte de la COP21 et l'état d’urgence et qui accorde énormément de pouvoirs aux forces de l’ordre, les militants écologistes ont rencontré une répression disproportionnée d’un Etat en roue libre, que ce soit lors de la marche pour le climat à Paris, ou par des assignations à résidence et perquisitions administratives violentes.

La justice et les pouvoirs publics tiennent à rester fermes face à la désobéissance civile, alors que l'objectif même de ces actions est de défendre l'intérêt général dans une pratique de non-violence. Alors certains étudiants sciences-pistes du collectif Stan'cyclette auront peut-être à goûter à cette intransigeance judiciaire  pour avoir bravé, en inscrivant sur le sol de la rue Saint-Jean de petits vélos blancs, la loi et l'ordre public.

Le 8 avril 2015 à 6h du matin, sept agents de la DGSI (service de renseignement intérieur) arrêtent et menottent Loïc à son domicile pour une garde à vue de 48h au commissariat de Nancy.

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