Élections, piège à cons?

Comme annoncé, les élections régionales se sont déroulées en France ces 6 et 13 décembre derniers. Le Parvenu vous livre un petit résumé des quelques bizarreries de ce scrutin. Front antidémocratique, cumulards et autres sursauts régionalistes en font partie.

Jean-Guy Talamoni, Président régionaliste de l'Assemblée de Corse (photo: Le Monde)
Jean-Guy Talamoni, Président régionaliste de l'Assemblée de Corse (Photo: Le Monde)

Publié le by Pierre Freisinger (author), Léo Clavurier (author)

Le « front républicain », une alliance antidémocratique ?

De l’avis général, aucune des trois forces présentes au second tour des élections régionales de 2015 ne peut revendiquer de véritable victoire. D’ailleurs, aucun dirigeant de parti ne s’est risqué à le faire.

En revanche, le Front National qui échoue encore une fois à transformer l’essai en un véritable succès électoral en ne remportant aucune région, apparaît comme le perdant de ce second tour. Si le mot est fort,  on peut tout de même parler d’une certaine désillusion.  Marine Le Pen, fidèle à elle-même et à sa rengaine de l’UMPS,  a trouvé le responsable du relatif échec de son parti : l’antidémocratique « front républicain ».

Ni les sondages, ni les résultats du premier tour ne laissaient pourtant  présager cette déconvenue pour le parti d’extrême droite. D’ailleurs, le second tour n’est concrètement pas un échec puisque le FN remporte, comme au premier tour, 27% des suffrages et réussit même à faire augmenter son nombre d’électeurs qui passe de 6 à près de 7 millions. Cela confirme sa position comme premier parti de France en termes de nombre de voix.

27% des voix certes, mais seulement 18,74% des sièges. Cet écart s’explique par le fait qu’aucune région n’ait été emportée par le FN, qui ne profite donc jamais des 25% de sièges de prime pour le vainqueur.

Les partis arrivés en tête au premier tour des élections régionales. Rose : gauche; bleu clair : droite; bleu marine : FN. (carte : France Bleu)

Les partis arrivés en tête au premier tour des élections régionales. Rose : gauche; bleu clair : droite; bleu marine : FN. (carte : France Bleu)

S’il n’y a pas eu d’alliance officielle entre le PS et les Républicains pour faire barrage au Front National, il semblerait tout de même que le désistement des listes de gauche dans les régions où le FN était le plus susceptible de gagner constitue le principal responsable  de l’échec électoral du FN. Dès le lendemain du premier tour Marine Le Pen les dénonçait, déclarant: « Les manœuvres d’appareils, les négociations, les transactions prennent le pas sur la démocratie ».  Cet officieux « front républicain » est-il vraiment antidémocratique comme le dénoncent de nombreux partisans du FN ?

Les désistements des listes de gauche en Nord-Pas-De-Calais-Picardie et PACA  peuvent en effet apparaître comme contraires, ou du moins pas en accord, avec l’idée que l’on peut se faire de la démocratie. Tout d’abord parce qu’ils privent les électeurs de gauche de leurs candidats pourtant légitimement passés au second tour. Par ailleurs, ils causent l’écart observé entre le nombre de voix et le nombre de sièges dont bénéficie le FN. C’est sans nul doute cet aspect qui est dénoncé par les partisans du Front National.

On peut pourtant  objecter à cette thèse de l’anti-démocratie que le front républicain traduit  somme toute la volonté d’une grande partie de la population de rejeter le Front National. Le large report des voix de gauche dont ont profité les listes d’union de la droite en PACA  et Nord-Pas-De-Calais-Picardie (70%) et la forte mobilisation du second tour (près de 10% en plus), en témoignent. Ces phénomènes ne sont de plus  pas limités aux régions où la gauche était absente. Ainsi, en ACAL, le candidat de la droite Philippe Richert a plus que doublé le nombre de ses voix alors même que Jean-Pierre Masseret  a refusé de se désister.

Le FN apparaît une fois de plus comme un parti de premier tour auquel les Français refusent globalement de confier des responsabilités. Rien d’étonnant à cela, en effet le FN reste à ce jour le parti le plus impopulaire de France selon l’Observatoire des radicalités.

Pas de cumul des mandats pour les ministres

C’était une des fameuses promesses de campagne de François Hollande. « Moi Président, les ministres ne pourraient pas cumuler leurs fonctions avec un mandat local. » Il l’a dit, il ne l’a pas fait.

Lorsque François Rebsamen était redevenu maire de Dijon le 10 août dernier, les royaumes de France et de Navarre se sont empressés de dénoncer la promesse non tenue de François Hollande. M. Rebsamen, alors Ministre du Travail, avait quitté son poste après quelques semaines seulement.

Visiblement, les circonstances sont assez différentes en Bretagne. C’est du moins ce qu’on essaie de nous faire comprendre. La liste socialiste a emporté cette région le 13 décembre avec plus de 50% des voix. Elle était conduite par Jean-Yves Le Drian, Ministre de la Défense. Ne manifestant aucune intention de quitter son poste au Gouvernement, ce dernier a assuré que malgré son élection de Président de la région Bretagne, la direction effective des affaires locales importera à ses plus proches collaborateurs. Pourquoi ne pas avoir élu un autre Président de région, au moins provisoirement ? Mystère.

Toujours est-il que M. Le Drian, trop important, paraît-il, pour la ventes d’armes aux dictatures d’ici et d’ailleurs, ou officiellement pour la gestion de l’intervention militaire en Syrie, restera ministre tant que François Hollande ne l’aura pas avisé du contraire. C’est ça aussi, l’état d’urgence.

Jean-Yves Le Drian, Ministre de la Défense et Président de la région Bretagne, compte prolonger ce cumul des mandats. (photo : Wikimedia)

Jean-Yves Le Drian, Ministre de la Défense et Président de la région Bretagne, compte prolonger ce cumul des mandats. (photo : Wikimedia)

Le réveil national corse

Le revoilà ! Le régionalisme, après être tombé en désuétude, revient au goût du jour. On le savait fort en Alsace, où il s’est imposé comme le troisième mouvement politique devant les socialistes. On le sait désormais puissant en Corse, où les quelques rumeurs de terrorisme indépendantiste n’intéressaient plus le continent ces derniers temps, mais où il vient de triompher sur les jacobins.

« Corsica Libera » et « Femu a Corsica », les deux partis présents dans la coalition régionaliste, ont obtenu 24 sièges parmi les 51 de l’Assemblée de Corse. Cela ne représente pas la majorité absolue, mais au vu de la composition de cette assemblée (gauche : 12 sièges, droite : 11 sièges, FN : 4 sièges), la majorité relative a porté le régionaliste Jean-Guy Talamoni à sa tête. Le maire de Bastia, Gilles Simeoni, récupère la tête du Conseil exécutif, sorte de mini-gouvernement local.

Le programme est simple : nationalisme sans indépendantisme. Cela risque toutefois de coincer à Paris, au vu des propositions : extension des domaines de compétence, extension des spécificités fiscales et immobilières, officialisation de la langue corse, insertion de mentions au sujet de la Corse dans la Constitution française et, accrochez-vous, préférence nationale pour l’emploi à compétences égales.

Bien sûr, le référendum comme en Écosse, ça n’est pas demain la veille ! Si l’on peut comparer la politique et la danse, il serait avisé d’écouter les sages paroles de Fernandel : « Le tango corse, c’est de la sieste organisée » !

« Un des points du programme des régionalistes corses : préférence nationale pour l’emploi à compétences égales. »

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