« Guten Tag, ich bin sehr content »

La connaissance imparfaite de l'Allemagne

L'ouverture du festival dédié à la capitale allemande et organisé par le Goethe Institut, a eu lieu accompagnée d'un discours de Bernard Plossu le vendredi 29 novembre dans les locaux du CCAM à Vandoeuvres. Le vernissage d'une série de ses photographies sobrement nommée « Berlin » permettait une entrée en matière parfaite pour faire découvrir cette ville au grand public. En effet, le déroulement du séjour du photographe français fut empreint de la même surprise que bon nombre de français auraient en découvrant cette capitale aujourd'hui.

 (photo: Berlin, 2005 © Bernard Plossu)
(Photo: Berlin, 2005 © Bernard Plossu)

Publié le by Guillaume Krempp (author), Anissa Taghzouti (author)

En 2004, lorsque Bernard Plossu arpente les rues de cette ville, il est étonné d'y retrouver « exactement la lumière de la Californie ». Il s'explique : « J'ai cru plusieurs fois apercevoir les quartiers ultra-modernes de Los Angeles alors que je m'attendais à une ville stricte et imposante, à une impression de sérieux omniprésent. C'est aussi, au contraire, une atmosphère de vacances que j'ai ressentie, ce qui m'a fait rester beaucoup plus longtemps dans la ville ».

L’Allemagne autrement

Ainsi est dévoilée l'intention du Goethe Institut derrière ce festival : détruire les stéréotypes autour de l'Allemagne et de sa capitale, faire découvrir la ville de Berlin telle qu'elle est aujourd'hui et non comme elle l'a été pendant la guerre froide.

Ce type d'action est nécessaire quand on voit à quel point les caricatures sur l'Allemagne subsistent de nos jours. Même face aux photographies de Plossu, qui devraient pourtant faire changer la vision des Nancéens, les réactions restent empreintes d'idées préconçues. Observant des photos de Potsdamer Platz, il n'est ainsi pas rare d'entendre : « Moi j'aime bien l'Allemagne. Regarde ces bâtiments sans rondeurs, stricts. Ben oui ils sont stricts les Allemands, et puis ils sont sérieux aussi... ». La suite de l'exposition, ou même du festival, permettra sûrement de remettre en cause de tels clichés...

L'exposition

Les photos de Bernard Plossu sont, au premier abord extrêmement banales : une voiture prise au détour d'une rue, une femme sur son vélo, des jeunes qui discutent ou des enfants qui se courent après. Ce sont des clichés simples, qui traduisent une volonté de retranscrire parfaitement la réalité. La technique utilisée y contribue d'ailleurs puisque B. Plossu utilise un objectif de 50 mm et développe ses photographies en noir et blanc. Ainsi, de ce qui pourrait être considéré comme affreusement banal, il en ressort une mélancolie qui permet un voyage au fil des différentes pièces.

La série « Berlin » au CCAM requiert donc à la fois une ouverture d'esprit suffisante pour aller au-delà des stéréotypes, mais surtout une liberté dans le temps. Il faut avoir le pas léger et lent pour se perdre dans les détails souvent surprenants des œuvres de B. Plossu, il faut laisser place à son imaginaire pour se représenter la scène prise et comprendre la véritable intention du photographe.

La photographie de B. Plossu doit être vue comme une poésie, plus particulièrement une « suprapoésie, qui transcende tout », ainsi qu'il l'affirme. À cela il ajoute : « il ne faut pas prendre, mais se laisser prendre par la photo », l'obligation est valable aussi pour le spectateur.

Photo: Berlin, 2005 © Bernard Plossu

Photo: Berlin, 2005 © Bernard Plossu

L'artiste

Lors de tout vernissage, l'artiste est souvent élevé au rang d'une divinité, que chacun souhaite approcher d'une certaine manière. Autographes, questions, éloges se succèdent laissent transparaître des exclamations telles que « Quel grand artiste ! » ou « Quelle générosité ! ». Derrière le photographe divin, j'ai cru voir un enfant de 68 ans. Il a fait preuve de sa sagesse en expliquant sa manière de voir son art, mais aussi la vie, qui doit rester un étonnement constant, même face aux banalités urbaines ou rurales : seule manière d'échapper à un quotidien répétitif ou ennuyant.

J'ai observé de la simplicité dans sa réaction lorsque son éditeur est venu lui demander s'il ne voulait pas dîner au restaurant avec quelques personnes. Il a alors répondu sans gêne en désignant le buffet : « Oh ben non, on va manger ici ! Et puis c'est bon aussi ! Tiens, appelle les autres ! » Une facette de l'artiste que beaucoup ont sûrement préféré ignorer et qui a pourtant toute son importance...

Interview de Bernard Plossu

On parle souvent de vous comme étant le précurseur du mouvement « surbanaliste », pouvez-vous nous en dire un peu plus?

Le surbanalisme est tout simplement le fait de prendre des objets, monuments et paysages tout à fait ordinaires en photo et de créer, à partir de ceux-ci, des images étranges, ce qui amène les spectateurs de telles œuvres à se dire « Mais c’est surréaliste ! »: par là, on créer un mélange entre le banal et le surréalisme, ce qui créé le « surbanalisme ».

Vous avez beaucoup voyagé lors de votre jeunesse, vous avez visité l’Amérique du Sud, découvert des paysages totalement exotiques... Pourquoi revenir dans cette série de photographies à un environnement plus banal et occidental ?

Dans la vie, il y a un temps pour tout. Les voyages, l’aventure, c’est bon quand on est jeune. À cette période de notre vie, on a besoin d’exotisme, de nouveau; quand on vieillit, on veut revenir aux sources, à des paysages plus communs. Aujourd’hui, j’ai 68 ans et c’est Berlin, ses rues, son côté banal que j’ai envie de photographier, tout simplement.

Des lectures, œuvres à nous conseiller ?
Ken Kesey, sans hésitation ! Même si je n’ai pas aimé son œuvre la plus populaire, Vol au-dessus d’un nid de coucou, je vous conseille fortement son nouveau roman et quelquefois j'ai comme une grande idée, à acheter à plusieurs et à se partager !

« Oh ben non, on va manger ici ! Et puis c'est bon aussi ! Tiens, appelle les autres ! »

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