Le livre dans tous ses états à Nancy

A moins d’être resté avachi dans votre canapé au fond de votre studio, impossible d’y avoir échappé : Le Livre était sur la Place Carrière ce week-end à Nancy. Premier salon national de cette rentrée littéraire 2014, l’évènement a réuni plus de 500 auteurs mêlant littérature générale, bande dessinée, jeunesse et auto-édition – Retour sur Le Livre sur la Place

File d'attente sur la place Stanislas (photo: Almuth Müller)
File d'attente sur la place Stanislas (Photo: Almuth Müller)

Publié le by Isma Le Dantec (author), Victor Bernard (author)

Après s’être frayé un chemin dans le vaste chapiteau grouillant de Nancéiens, on pouvait apercevoir de nombreux écrivains venus rencontrer leur public et dédicacer leurs ouvrages. S’y côtoyaient Bernard Pivot (président de l’académie Goncourt), le philosophe Michel Onfray mais également Katherine Pancol, l’auteure aux millions de tomes vendus de sa célèbre série «Les yeux jaunes des crocodiles» venue présenter ici Muchachas, Michel Drucker pour  De la lumière à l’oubli  ou encore la comédienne et à l’occasion écrivaine Véronique Genest (22 v’ la Julie ). Un salon rassemblant donc des artistes de tous horizons aux publics des plus variés. Et si nombre d’académiciens étaient présents, il est bien inutile de croire que le livre sur la Place est un salon d’intellos. Pour preuve le nombre de rencontres et la taille des files d’attentes qui rayaient la place Stanislas tout le week-end. Il fallait compter à peu près 1h30 d’attente pour assister à l’enregistrement du Masque et la plume vendredi soir (et avoir une bonne place évidemment), 2h00 pour Emmanuel Carrère Samedi après-midi (et, malgré l’attente, on nous a fermé la porte au nez) et 1h00 pour l’hommage à Marguerite Duras par Sylvie Testud samedi soir.

Il y en avait donc pour tous les goûts, et le salon avait eu l’intelligence de limiter la durée des entretiens à 50 minutes pour soulager nos neurones et forcer les auteurs à se concentrer sur l’essentiel de leurs œuvres. La venue de médias importants comme Le Point ou le service public avec Radio France et France télé a également permis au public lorrain de pouvoir assister en direct à l’enregistrement d’émissions culturelles, celles-ci permettant aussi de mettre en avant certains ouvrages présents ce week-end à Nancy. Ainsi, pour vos lectures de rentrée, vous pourrez vous orienter vers le dernier roman d’Emmanuel Carrère Le Royaume, réflexion sur les origines du christianisme ou, si vous préférez les documentaires à la fiction, sachez que Notre Chanel de Jean Lebrun a reçu le Goncourt de la biographie et que Notre monde a-t-il un sens ?  de Jean-Marie Pelt et Pierre Rabhi, a reçu le prix des droits de l’Hommes, spécifique au Livre sur la Place et créé en 2002 par André Rossinot et Simone Veil.

 

Découverte des livres avec les auteurs.

Découverte des livres avec les auteurs.

 

Sous le chapiteau radio France, un contraste inattendu

Le chapiteau de radio France, suintant de crânes dégarnis épris de lettres, a cette année bu les paroles de grands talents du tableau littéraire actuel. Entre autre Tarah Ben Jelloun et Malek Chebel : les œuvres présentées cette année par ces deux grands écrivains magrébins se croisent singulièrement.

 Ainsi Tarah Ben Jelloun nous fait il découvrir L’Ablation, son dernier roman paru aux éditions Gallimard, qui relate le parcours d’un homme atteint du cancer de la prostate. Nullement ouvrage de nature scientifique, il nous fait avant tout part du paysage psychologique de la maladie, de la difficulté que peut avoir un homme à accepter l’impuissance sexuelle, au dépassement de cette dimension physiologique - puisque le roman s’achève lorsque le convalescent atteint un stade spirituel de la relation avec autrui. Tarah Ben Jelloun insiste sur l’importance de lever le tabou sur cette maladie qui touche un homme sur huit, et considère que la littérature a pour rôle de raconter ce que beaucoup vivent et taisent, de banaliser ce genre de sujets.  

Sans transition ni parallèle, à l’auteur de l’Ablation succède celui de l’Erotisme Arabe, Malek Chebel. Le philosophe et anthropologue algérien et sa désinvolture contagieuse lèvent tous nos préjugés occidentaux en liant islam et amour charnel sans une once de vulgarité. Lorsqu’il proclame  « tout est permis par la religion, tout est interdit par la bêtise humaine », appelant à parler avec liberté et franchise de tout ce qu’on considère comme transgression ou perversion, il met en fait au l’amour au cœur de chaque civilisation. L’érotisme ne peut être réduit à la sexualité seule, il inclut l’histoire et la culture, l’art de se parfumer, de se vêtir, de communiquer. Malek Chebel nous invite ainsi à découvrir le Maghreb au fil de sa sensualité, page après page de son livre conçu comme une montée en orgasme, du premier regard échangé, aux préliminaires amoureux puis jouissances ultimes, toujours avec justesse et poésie. Plus encore qu’une initiation à l’érotisme oriental, l’auteur nous fait voyager au cœur de notre propre relation à la sensualité.

Un contraste inattendu place de la Carrière qui semble avoir ravi les passionnés belles lettres, curieux à lunettes et autres vagabonds de la culture.

Des livres bien subjectifs 

Certains ouvrages quand à eux sont difficilement descriptibles tant leur subjectivité est grande: notamment Charlotte de David Foenkinos, hommage à Charlotte Salomon, jeune peintre allemande déportée à 26 ans. Son roman est en effet une pure déclaration d’amour à l’artiste (par conséquent extrêmement subjectif) tout comme le Marguerite Duras de Laure Adler, biographie orientée positivement. Vous me diriez, peut-on écrire un livre sur quelqu’un ou quelque chose que l’on révulse ?Je ne crois pas en effet mais je vous laisse y réfléchir et vous souhaite, sur ce, bonne lecture !

 

Sous le chapiteau

Sous le chapiteau

"Le chapiteau de radio France, suintant de crânes dégarnis épris de lettres, a cette année bu les paroles de grands talents du tableau littéraire actuel."

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