25 ans après la réunification allemande : célébration de l’unité et crise des réfugiés

Une visite au Goethe institut

Un petit retour sur l’importance et les conséquences du 3 octobre 1990 pour l’Allemagne et parallèle avec la gestion de la crise migratoire actuelle en Europe

Publié le by Stéphane Venet (author)

Beaucoup connaissent (du moins de nom) cette date, particulière en Allemagne, celle du 3 octobre. Elle correspond à deux événements fondamentaux pour le pays que nous connaissions aujourd’hui. D’une part, c’est ce même jour en 1990 qu’entre en vigueur le traité permettant la réunification des deux Allemagnes (signé le 31 août 1990) en un seul et unique État, après 41 ans de partition. D’autre part, c’est par ce traité qu’est instaurée la fête nationale pour la date du 3 octobre de chaque année.

Quelques détails concernant ce traité sont peu connus (surtout en France). Il faut d’abord rappeler qu’il fut négocié en l’espace de dix mois ce qui peut paraître court compte tenu de son ampleur; après tout, il comporte plus de 1000 articles… Peut-être les négociations auraient-elles dû durer plus longtemps afin de mieux pouvoir en gérer les conséquences. Et devinez qui était la personne qui représentait le gouvernement de Bonn ? L’emblématique actuel ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble, que nous connaissons pour son intransigeance sur le strict respect des règles.

Cette nouvelle unité allemande a eu des répercussions qui ont profondément changé le pays allemand entier. Unité signifie aussi unité économique et monétaire, avec une augmentation rapide des salaires et surtout des prix en ex-RDA. Le socialisme au niveau politique comme le concevaient ses anciens dirigeants étant achevé, il fallait « convertir » les entreprises est-allemandes à l’économie sociale de marché. Le traité avait tout prévu et un organisme public, la Treuhandanstalt, est chargée de cette tâche colossale. En réalité, cette entité fut synonyme de perte d’emplois et de fermetures d’usines devenues obsolètes et dont on a décrié le « capitalisme sauvage ».  L'accusation d’avoir permis « le pillage » des industries est-allemandes et de l’écart de niveau de vie entre l’Est et l’Ouest a subsisté.

Bienvenue aux visiteurs ou aux réfugiés ? Le Goethe Institut à Nancy, le 3 octobre 2015.

Bienvenue aux visiteurs ou aux réfugiés ? Le Goethe Institut à Nancy, le 3 octobre 2015.

Ensuite, le gouvernement fédéral a consacré d’énormes sommes pour moderniser notamment les infrastructures à l’Est, dans ce que l’on a appelé « l’Aufbau Ost », financé par un impôt de « solidarité » (ce système perdure aujourd’hui). Les infrastructures à l’Est sont d’ailleurs aujourd’hui souvent en meilleur état et plus modernes que celles à l’Ouest. Malgré cette mesure, nombre d’Allemands de l’Est ont dû partir à l’Ouest suite à la perte de leur emploi et les faibles perspectives d’avenir dans leur région d’origine. Et à ce propos, l’exposition « Berlin Wonderland » au Goethe Institut de Nancy retrace particulièrement bien l’état de Berlin-Est après la réunification et l’immense créativité d’artistes berlinois pour transformer des lieux sinistres et délaissés en expositions d’art à ciel ouvert.

Même si ce déplacement de population s’est effectué au sein d’un même pays, il était motivé par des raisons similaires qui animent aujourd’hui les « migrants économiques » à venir en Europe : la perte de perspectives d’avenir et le spectre de la pauvreté. Et comme l’a rappelé à juste titre le président allemand Joachim Gauck (par ailleurs originaire de l’Est), à l’occasion des 25 ans de la réunification, cette arrivée de personnes a représenté un immense défi, que l’Allemagne a néanmoins réussi à surmonter en faisant preuve de solidarité. Bien sûr, les préjugés sur les personnes originaires de part et d’autre de « l’ex-rideau de fer » perdurent, mais ont pu être dépassés par le contact prolongé entre les Allemands.

Cette situation nous rappelle d’ailleurs le destin des quelques centaines de milliers de personnes qui sont arrivées en Allemagne cette année et de celles qui tentent d’y parvenir. Naturellement, on fait la distinction entre les « migrants économiques » et les « réfugiés », les uns voulant profiter de notre système de protection sociale (soi-disant) et les autres persécutés, mêmes si ces deux « catégories » poursuivent au final le même objectif : vivre dans un pays leur offrant de plus grandes perspectives d’avenir. Et c’est avec humanité que M. Gauck a appelé les Allemands une nouvelle fois à accueillir ces personnes et  à faciliter leur intégration dans la société allemande, qu’il a décrite comme étant en pleine mutation.

Une seconde fois, l’Allemagne assume une lourde tâche dans son histoire. Des moyens colossaux sont d’ores et déjà mobilisés pour loger les quelques 800 000 personnes attendues cette année, ainsi que pour leur donner des cours d'allemand ou encore leur faciliter l’accès à des formations professionnelles. Malheureusement, les préjugés sur les migrants arrivant par centaines sur le territoire allemand alimentent aussi des réactions hostiles à leur égard, comme ce fut le cas pour les Allemands de l’Est à leur arrivée. Et nombreux sont les responsables politiques au sein même du gouvernement qui commencent à mettre en garde la chancelière contre le dépassement des capacités d’accueil de l’Allemagne.

Les images de ces hommes et ces femmes enfermés derrière des murs en Hongrie nous rappellent étrangement le destin de ces Allemands de l’Est, eux aussi retenus de force derrière le « rempart contre le fascisme », mais toujours animés par une volonté d’atteindre leur rêve : la liberté.

 

Les images de ces hommes et ces femmes enfermés derrière des murs en Hongrie nous rappellent étrangement le destin de ces mêmes Allemands de l’Est

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