Aladdin is back in the fashion world

De Paris à New Dehli, en passant par Séoul et Abu Dhabi, la mode et l’Orient ont toujours été liés par les fils et aiguilles de nombreux créateurs.

The Great Wall of fashion (photo: )
The Great Wall of fashion (Photo: )

Publié le by Victor Bernard (author)

L’Orient. Sa seule évocation nous fait rêver. S’il n’est malheureusement aujourd’hui que trop souvent rattaché à une zone de perpétuel conflit, nul ne doit oublier toute l’inspiration qu’il a insufflé aux plus grands artistes européens. Nous cantonnant à l’humble domaine de l’art parfois futilement considéré futile (mais reflétant si bien nos sociétés) de la mode, rappelons à quel point cette terre étrangère nous a apporté.

La châtoyance, l’excès, les couleurs, la dorure, les drapés. Toutes les caractéristiques de la tradition orientale ont un jour ou l’autre trouvé leur place sur les podiums des plus grands couturiers européens. Tout le monde connaît l’attachement si marqué d’Yves Saint Laurent à Marrakech et au Maroc tout entier, mais beaucoup plus récemment ce sont les défilés croisières de Chanel par Karl Lagerfeld intitulés Paris/Bombay 2012/13, Paris/Dubaï 2014/15 et Paris/Séoul 2015/2016 qui traduisent le perpétuel engouement de la mode française et des grandes maisons internationales pour ces traditions orientales.

Ne nous le cachons pas, c’est parfois également pour les portefeuilles des des femmes de magnats du pétrole que certains financiers du luxe s’attachent à présenter leur collections au Moyen Orient. C’est une habile manoeuvre que de venir les divertir dans leur prisons dorées et les amadouer en leur proposant des combinaisons de leurs traditions ancestrales de broderies et de coupes beaucoup plus modernes et significatives des occidentaux.

Côté production de couturiers, l’Orient traditionnel éblouit également avec des petits noms comme le libanais Elie Saab ou encore Azzedine Alaia, qui a dû batailler pour se faire accepter par le tout Paris en sa qualité de tunisien débarquant en pleine guerre d’Algérie, et ce malgré ses extraordinaires créations. Certains, et c’est notamment le cas de Saab, attachés à leurs origines, s’emploient à faire resplendir l’image de leurs pays à travers leurs oeuvres comme sorties d’une nouvelle version des Mille et une nuit. Si Shéhérazade mesure maintenant 1 mètre 87 pour 35 kilos, elle porte toujours ces robes de contes de fées et défile au son des musiques traditionnelles libanaises. Elie Saab présentait d’ailleurs dans sa dernière collection Haute Couture printemps/été 2016 la broderie de l’Inde coloniale en nous invitant à la garden party qui suivit le sacre de George V à la couronne du Royaume Uni dans les jardins d’un palais de Maharajah  en 1911.

 

Fashion designer Elie Saab

Fashion designer Elie Saab

Certains couturiers comme Jean Paul Gaultier ont simplement placé l’influence orientale sur le piédestal qu’elle mérite en la déclinant sur l’ensemble de leur collections Haute Couture. Cette collection couture d’été 2013 intitulée “les Indiennes Gypsies” détournait tous les classiques Hindous en robes affolantes de guerrières à l’allure follement moderne. L'Extrême-Orient a lui inspiré Karl Lagerfeld pour sa collection croisière 2015 présentée à Séoul. Déclinaison du Kimono, maquillage équivoque, Karlito n’a pas eu peur des clichés et l’on voit sur toutes les jambes foulant le sol ressortir l’influence des mangas, jusque dans les coiffures pour le moins spectaculaires, à savoir des chignons serre-tête relevant les trois cils imbibés de mascara de chaque modèle.

Soucieux de la visibilité de la marque Fendi dont il est également le directeur artistique depuis 1965 aux côtés de l’empire Chanel, Lagerfeld décide en 2007 de redonner de l’ampleur à la maison de luxe italienne en lui offrant pour le plaisir un défilé sur la Grande Muraille de Chine, rien que ça. Rien n’est trop beau pour séduire la clientèle orientale. C’est particulièrement visible sur le marché musulman, à savoir que de plus en plus de grandes marques européennes et américaines comme Dolce et Gabana ou Oscar de la Renta n’hésitent plus à présenter des collections entières de Hijabs et d’Abayas. Cette vague d’adaptation de certaines collections aux riches clientes de confession musulmane ne s’arrête pas aux grands créateurs mais se poursuit chez les distributeurs comme Uniqlo, H&M ou encore Mango. Une sorte de révolution est donc en marche.

Rien ne semble ralentir l’imprégnation de la culture orientale sur la mode occidentale, et c’est tant mieux. Lancée en 2005, l’Oriental Fashion Show se déroule chaque année à Paris et attire toujours plus de monde, tout en lançant la carrière de créateurs tous plus talentueux les uns que les autres. Et au printemps 2017, c’est dans la rue Yves Saint Laurent qu’ouvrira le musée dédié à l’un des plus grands couturiers de l’Histoire de la mode, disparu en 2008.

Si Shéhérazade mesure maintenant 1 mètre 87 pour 35 kilos, elle porte toujours ces robes de contes de fées et défile au son des musiques traditionnelles libanaises.

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