Laissez-vous mariner !

A l’apogée de son succès depuis maintenant quelques années, la marinière a envahi nos rues et nos gardes robes, elle envahit même votre journal adoré. Bretons, corses ou parisiens (clin d’œil à nos collègues de La Péniche), tous ont adopté ce haut rayé bleu et blanc. 

Jeanne Richard entourée de membres du Parvenu.  (photo: Almuth Müller)
Jeanne Richard entourée de membres du Parvenu. (Photo: Almuth Müller)

Publié le by Jeanne Richard (author)

Déjà présente à partir du XVIIe siècle, la marinière était, à l’origine, un costume de matelots. Grâce à une ordonnance militaire du 27 mars 1858 fixant les composantes des hommes d’équipage, la marinière devint un uniforme marin. Gare à celui qui, comme Xavier Trémenbert lors des week-ends intercampus, ose se démarquer en variant la forme ou la couleur de celui-ci !

Dans le milieu militaire, la marinière faisait l’objet de nombreuses codifications (pas surprenant, me direz-vous). Premièrement, les mailles devaient être unies, ensuite, le nombre de raies était lui aussi règlementé : 21 raies blanches de 20 millimètres de large, 20 ou 21 raies bleues d’une largeur de 10 millimètres pour le tronc du corps et 15 raies blanches pour 14-15 raies bleues pour les manches.

 

Au XIXe et XXe siècle, la société européenne découvre la pêche, la mer, les moules : la vie en somme. L’occasion est trop belle, Coco Chanel s’inspire alors de cette mode balnéaire, en vogue auprès des milieux bourgeois et lance une collection de marinières en Jersey de chez Rodier dans sa boutique de Deauville. A idée de génie, succès de génie : l’étoffe à rayures se répand sur l’ensemble du territoire et devient un objet de mode.

 

Alors qu’elles étaient jadis fabriquées dans les ateliers de la Marine Nationale, de nombreuses entreprises comme Armor-Lux, Saint-James (depuis 1889) ou Petit Bateau s’emparent du marché pour faire de l’imprimé marinier leur marque de fabrique, les déclinant à la folie. Tout trouve aujourd’hui son équivalent marinière : robe marinière, manteau marinière, culotte marinière, chaussettes marinières, moules marinières…

 

Dans les années 60, Yves Saint Laurent détourne l’imprimé et l’injecte dans la Haute Couture. En 1983, Jean-Paul Gauthier présente une collection Boy Toy entièrement dédiée à la marinière. En 2000, Kenzo innove avec une marinière à pois (conceptuel, je vous l’accorde), pendant que Sonia Rykiel revisite la classique. Elite, Prada, Kitsuné, Dolce& Gabanna, Michael Kors, Ladurée, Longchamp, Oscar de la Renta… Personne n’y échappe. Même Arnaud Montebourg, ancien ministre du redressement productif, apparaît, à la demande du Parisien Magazine, en marinière Armor Lux sur la couverture du 19 décembre 2012.

Les joueurs de l’équipe de France de football eux non plus n’ont pas résisté. On pouvait alors les voir arborer pendant un temps un maillot marinière signé Jean Paul Gauthier pour les matchs extérieurs.

 

Alors pourquoi ne pas se laisser mariner ?

"Tout trouve aujourd’hui son équivalent marinière : robe marinière, (...), moules marinières…"

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